Collection Polar Africain
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Polars d’Afrique
La
« littérature noire », longtemps considérée à tort ou à raison comme
un genre mineur, connaît aujourd’hui un essor pondérable sur le
continent africain, en juger par l’engouement que suscite cette
littérature auprès du public et des auteurs. Bien que née
tardivement pour des raisons diverses, l’aventure du polar en
Afrique noire commence au début des années quatre vingt avec des
romans tels que L’Archer bassari de Modibo Sounkalo Keïta
(Editions Karthala, Grand Prix littéraire de l’Afrique noire, 1984)
Le D.A.S.S montre à l’attaque d’Evina Abessole, No Woman
no cry d’Asse Gueye, Traite au Zaïre de A.J. Nzau…
publiés à L’Harmattan dans l’éphémère collection « Polars noirs ».
L’envol
Il faudra attendre la publication aux Nouvelles Editions Africaines de « La vie en spirale » d’Abasse Ndione (repris par les Editions Gallimard en 1998 dans « La Noire ») pour mettre un visage purement africain sur cette littérature. Mais c’est dans les années quatre vingt-dix que le genre prendra son envol. Le malien Moussa Koné publie en autoédition L’Assassin du Baconni (1990) avant de rééditer son exploit quelques années plus tard avec L’empreinte du Renard (Fayard noir). Le congolais Achille Ngoye enfante Kin-la-joie, Kin-la-folie (l’Harmattan, 1993). Premier africain à être publié dans la célèbre collection « La Noire » des Editions Gallimard, Achille Ngoye publie tour à tour Agence Black Bafoussa (1996), Sorcellerie à bout portant (Gallimard, 1998), Yaba terminus (Serpent à plumes, 1999), Ballet noir à Châteaux-Roux (Gallimard, 2001). Son compatriote Bolya Baenga publie deux romans au Serpent à plumes La polyandre (1998), Les Cocus posthumes (2001). L’année 2002 a vu naître la première « polardeuse d’Afrique noire », Aïda Mady Diallo dont le « Kouty, mémoire de sang » (Gallimard, 2002) est un coup d’essai qui s’est transformé en un véritable coup de maître. Mais si ce bref historique témoigne de l’existence d’un courant de littérature noire de brousse, il n’y a pas de quoi pavoiser. Car force est de reconnaître que le genre s’essouffle de jour en jour. La production du genre demeure faible, faute de nouveaux auteurs pour prendre le relais. Daignons espérer que d’ici quelques années une nouvelle crue de polardeux africains sortira des sentiers battus.
La littérature du bled
Si la littérature noire de brousse est en train de faire son bout de chemin, la littérature du bled, quant à, elle continue sur sa lancée. Yasmine Khadra est le phare qui illumine le désert saharien avec les nombreuses aventures du commissaire Llob (Morituri, Baleine, 1997 ; Le dingue au bistouri, Flammarion, 1999 ; A quoi rêvent les loups, Julliard 1999 ; Les hirondelles de Kaboul, Julliard 2002, L’Attentat, Julliard 2005…). Abecassis Eliette fait montre d’un talent digne de la « reine du crime du bled » qu’elle incarne. Pour vous en convaincre, lisez : Clandestin (2003), La dernière Tribu (2004), Mon père (2002) tous parus chez Albin Michel. On pourrait aussi citer Amari Chawki (De bonnes nouvelles d’Algérie, Baleine, 1998), Djemai Abdelkader (31, rue de l’Aigle, Gallimard, 2000), Akkouche Mouloud (Avis d’échéance, Gallimard 1998 ; Cause toujours ! Baleine, 1997 ; Les Ardoises de la mémoire, Gallimard, 1999).
L’Afrique du Sud, pays continent, n’est pas en reste ! Deon Meyer, écrivain de langue Afrikanns, a depuis longtemps conquis le monde avec Jusqu’au dernier (2002) ; Les soldats de l’aube (2003), L’âme du chasseur (2005), Le Pic du diable (2007) tous traduits en français et parus au Seuil.
La littérature noire africaine ne doit pas exister parce qu’il existe une littérature noire américaine ou française. Elle doit exister parce qu’elle a une source à exploiter et un imaginaire fécond. Et c’est à nous, passionnés du genre et lecteur assidus, de lui donner sa chance. Mais la partie n’est pas gagnée.
