Nous
vivons une époque compliquée où
tout s'emmêle, se mondialise. On survit dans un
à peu près angoissant. Rien n'est sûr
et certain et il y en a qui ne s'y retrouvent plus.
Un fort en thème a dit jadis que le XXIe siècle
serait spirituel ou ne serait pas. Ben, il avait raison.
Là dessus on est vernis, mais on est tout de
même bien paumés. Et on ne sait plus à
qui se fier. C'est ce que se dit Boy en découvrant
au pied de son immeuble le bonhomme
baignant dans son sang, la gorge tranchée. Sa réaction fut fulgurante.
Il fonça dans les escaliers en béton du vieux HLM en grimpant les marches
quatre par quatre, telle une gazelle fuyant le guépard, fit sa valise
à la hate et décampa aussi vite qu'un
grillon sous la menace d'un get de Baygon, sous le regard
incrédule de sa pauvre mère.
Boy était
aussi noir que l'ébène, vivotant péinard
au milieu d'autres bronzés dans cette citée
dite "difficile". Il n'était pas non
plus très malin, mais au milieu d'une société
à l'esprit confus, il avait compris qu'il valait
mieux ne pas être là quand les flics arriveraient.
On ne sait jamais; tout pouvait basculer, comme
le destin d’une colombe en période de chasse. Sa vie pensait-il, était une
roulette du hasard. Et parfois celle-ci ne tournait pas en sa faveur. Alors,
autant se casser.
C'était
idiot, mais ses jambes refusaient à entendre
raison. Et là, il avait tort. Il aurait évité
pas mal d'ennuis en restant tranquille dans son coin...
Extrait
Il
était tard dans la nuit et la fatigue lui donnait des cernes. Il glissa sa tête
prudemment hors du hall comme un lapin à l’affût d’un éventuel danger. Il n’y
avait rien à signaler mis à part des chats faméliques qui livraient bataille en
miaulant violement.
Un plan
du secteur trônait sur le trottoir d’en face, il traversa pour y jeter un coup
d’œil et voir l’itinéraire à suivre et entama une longue marche pour se
réfugier chez la défunte. La seule réflexion qu’il avait eue avant
d’entreprendre son périple, était que si
toutefois Ready le surprenait chez Elfi, la seule chose qu’il récolterait
serait un pruneau dans la caboche. De
toutes façons, il n’était pas dit que Debley sache où créchait Elfi. Les rues
étaient pratiquement désertes. Quelques putes l’abordaient avec leur manteau en
fausse fourrure, elles étaient nues en dessous. Leur corps arborait des
tatouages, de fresques décolorées racontant une histoire, la leur sans doute. « vingt billets pour une entrée en
matière », disaient-elles en tournoyant leur langue de façon obscène.
Il aurait voulu tirer un coup, mais l’argent lui faisait défaut. Il se contenta
de secouer la tête comme un mec dépourvu de langue.
A
mi-trajet, ses pensées furent pour la pauvre prostituée d’Elfi :
« A cause de moi, elle a perdu la vie… Pour
moi un pauvre inconnu… La drogue ça ravage grave».
L'auteur
Vieillot Didier, né en 1981 dans le 18e arrondissement de Paris, il grandit avec une surdité qui l’
handicapera une bonne partie de son
enfance. Passé de famille d’accueil en famille d’accueil, il essuie de nombreux
déboires avec la justice. Quelques années plus tard il est diagnostiqué comme
étant un résilient. Il décide dès
lors d’écrire son premier roman Eduque moi ça en 2002 qui sera jugé trop
violent et ne verra jamais le jour.
A la fin ses études il engage une carrière dans le médico-social. Ce n’est
qu’en 2006 lorsqu’il découvre Chester Himes et Iceberg Slim qui deviendront ses
auteurs préférés, qu’il décide d’écrire son deuxième polar urbain.
MAI 2010 - ISBN 978-2-36162-001-1
- 220 pages - 15 €






